A bord du transsibérien

Nos chroniques de la Grande Asie

A bord du transsibérien

Les paysages se succèdent et se ressemblent : des forêts de bouleau, de grandes plaines, des izbas joliment peintes et bien entretenues ou bien des villages aux abords des rivières. Partout les gens cultivent un potager.

A la suite de deux jours passés à Kazan, on monte dans le train à 2h du matin après avoir passé la soirée dans un bar à régler la suite du voyage en sirotant un délicieux thé avec des agrumes et leur jus. A notre réveil, on sympathise avec Nazim un jeune philosophe venu d’Azerbaïdjan. On comprend qu’il rejoint sa femme et s’arrête dans la matinée dans une petite ville entourée de forêt. Il nous laisse en cadeau une petite statuette d’éléphant taillée dans la pierre, geste très touchant, on s’imagine que c’était un cadeau pour sa femme et nous n’avons parlé que 30min… Il rêve de voir Paris, il a mon contact.

Il y a beaucoup d’hommes originaires du Caucase (Ouzbékistan, Kazakhstan, Tadjikistan) et ils semblent tous rejoindre un lieu de travail car ils ne sont pas accompagnés de leur famille. Les russes par contre se font rares à bord. Nous sommes lancés sur un tronçon qui traverse toute la Sibérie, aussi grande que le continent européen, pour émerger vers le lac Baïkal à Irkoutsk, puis prendre la direction du Pacifique jusqu’à Vladivostok ou bien de la Mongolie, vers le sud. Il me semble que de nos jours les personnes actives ne sont pas prêtes à passer 4 jours dans un train pour relier 2 villes d’un même pays ; ils prennent un vol, low-cost si possible ! Cela nous laisse avec les immigrés ouzbeks, les retraités russes, quelques étudiants et surement les touristes, mais nous n’en verrons aucun.

Je m’arrête en gare d’Iekaterinbourg pour prolonger nos billets jusqu’à Irkoutsk abandonnant ainsi nos projets d’arrêt à Tomsk pour privilégier davantage de temps autour du Baïkal. Derrière son guichet, la vendeuse soupire en me voyant arriver et s’en suit 20 longues minutes à essayer de faire comprendre que nous souhaitons 2 places au centre d’un wagon pour être au centre de l’animation et si possible les couchettes du bas. Elle appelle une collègue à la rescousse qui ne parle pas mieux anglais. Mais la femme qui fait la queue derrière moi me tend son téléphone pour utiliser Google Translator, un grand classique en Russie aujourd’hui ! L’heure tourne, notre train va bientôt repartir et j’arrive miraculeusement à avoir mes billets, ouf !

A nos nouvelles places, nous partageons un carré avec Raia (catégorie « retraités russe ») et un homme qui nous semble être son mari, bien qu’on ne comprenne que plus tard, quand il descendra du train, qu’ils ne se connaissaient pas. Avant de déménager, notre carré en bout de wagon prêt des toilettes n’attirait pas grand monde. On se rattrape et on sort notre guide de conversation, bien utile en pareille occasion. On bredouille 2, 3 questions et nos interlocuteurs cherchent eux aussi dans le lexique pour qu’on comprenne les réponses et relancent aussi d’autre question. Anastasia s’en mêle, jeune étudiante très souriante qui parle quelques mots d’anglais (mais pas plus !). Nous sortons la carte de notre périple dessinée par Rose et une fois la surprise passée, chacun reste pensif devant un si grand voyage. Nos voisins ouzbeks passent leur temps à casser des graines de tournesol, habitude dont nous hériterons rapidement.

Les paysages se succèdent et se ressemblent : des forêts de bouleau, de grandes plaines, des izbas joliment peintes et bien entretenues ou bien des villages aux abords des rivières. Partout les gens cultivent un potager. Ils ont gardé cette habitude de l’ère soviétique ou l’approvisionnement en nourriture pouvait être aléatoire. Excellente habitude car les étals des magasins sont peu appétissantes en fruits et légumes. On a le temps de lire, de regarder des films sur l’ordi, de visiter le train, de rêvasser en regardant passer le paysages (très lentement !).

Quand on commence à s’ennuyer, direction le wagon bar ! Les bières sont bon marché mais la nourriture semble exécrable. Heureusement, on a fait nos courses avant de partir et on ne manque de rien de ce côté là. C’est le rendez-vous des alcooliques, plus droit de boire dans le train, sauf ici. Sergueï nous tient la jambe, le visage si défait par l’alcool qu’il nous dégoute. Il se fait houspiller par les serveurs quand il vient s’asseoir à notre table et nous parler dans le blanc des yeux… Une serveuse au comportement déroutant, le prend dans ses bras pour le raccompagner, titubant, à sa table, ne refusant pas au passage les baisers qu’on lui verra plusieurs fois lui couvrir le visage… La scène est déjà désagréable mais Sergueï part aux toilettes et revient le visage et les mains en sang, il a du se frapper quelques part. La serveuse, qui n’en finit pas de nous étonner, le nettoie en se laissant compter fleurette avant de resservir le brave homme qui décuvait presque, d’une bonne bière pour le remettre de ses émotions…

On retourne à nos couchettes pour retourner à la monotonie qui me va si bien : enfin le temps de prendre conscience de notre départ, d’affiner les préparatifs du voyage sur l’ordi ou encore de créer une nouvelle intro pour mes vidéos Latitudes Vagabondes. Rose pour sa part est très contente de voir le train s’arrêter sur le quai d’Irkoutsk après avoir parcouru 4368Km et traversé 5 fuseaux horaires.

Bertrand Sinssaine, 3 juillet 2015

 

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