CHILI : La Carretera Austral en stop

Nos Chroniques d'Amérique du Sud

CHILI : La Carretera Austral en stop

un grand terrain entouré par les montagnes, qui abrite une belle maison, un atelier, deux potagers, un poulailler, une étable, un bois… bref, tout ce qu’il nous faut.

Sept kilomètres séparent le petit port où l’on débarque depuis L’argentine du village de Villa O’Higgins’, le point le plus au Sud de la Carreta Austral. Nous montons en voiture avec des gendarmes qui nous déposent gentiment au village ! Les rues sont désertes et on se rend compte qu’il nous sera impossible de retirer de l’argent ici…Nous avons encore 30 € environ. On loge au camping-hostel El Mosco :c’est une maison en bois moderne et confortable et l’ambiance est chaleureuse. Jorge, le patron espagnol, est très sympa et nous permet de faire un virement sur son compte contre du cash…

Il fait extrêmement froid et à notre réveil la tente est recouverte de givre ! Pour faire du stop et continuer, il faut attendre les bonnes heures de la journée car plus loin sur la route à deux heures de là, il y a un bateau qui passe trois fois par jour. Vers 16h00, on trouve enfin une voiture. La route est magnifique, fjords, forêts exubérantes, cascades… La voiture nous dépose au croisement qui va vers Caleta Tortel et on décide de planter notre tente dans la forêt. Le lendemain matin on part à pied car il n’y a aucune voiture sur la route. Vingt-deux kilomètres nous séparent de Tortel. On arrive sous un ciel tout bleu à Tortel, petit village de pêcheurs et d’exploitants de cyprès. La construction du village est faite sur des pontons de bois et les rues sont des passerelles qui se rejoignent ou se séparent pour desservir les maisons situées sur les hauteurs.

Le mouvement « Aysen, tu problema es mi problema » est au plus fort en ce moment dans la région. La population demande que les prix du carburant et que l’accès aux soins soient les mêmes que dans les régions plus au Nord. Depuis un mois déjà, les blocages sur la route empêchent le carburant et les denrées fraîches d’arriver, mais le gouvernement ne lâche rien. La population tient bon, mais au prix de conditions de vie rendues très difficiles. Les gens se bloquent eux-mêmes ! On parle de barrages sur la Carretera Austral…

On arrive à Cochrane dans la voiture d’un couple argentin. Impossible de trouver de l’essence ici. Ils espèrent passer la frontière argentine s’ils ont assez d’essence pour y arriver. Nos routes se séparent et après une heure d’attente, on est pris par un agriculteur qui rejoint son estancia avec des pièces de rechange pour ses machines. Sur la route on aperçoit de près un animal rare, le huemul. Il est très beau. C’est une sorte de biche. On s’arrête dans une ferme pour acheter du pain et de la confiture. Au Lago General Carrera (2ème plus grand lac d’Amérique du Sud, après le Lac Titicaca), on monte avec quatre jeunes travailleurs qui nous emmènent jusqu’à Coyahique. Les gars sont sympas et ils nous proposent d’aller passer la nuit avec eux dans leur hôtel. Ils sont là pour le boulot et louent une maison indépendante. Le lit double dans une chambre séparée est une bénédiction après toutes ces nuits en tente. Oscar nous fait la cuisine ! Quelques minutes avant, on a été surpris d’arriver dans une grande ville de 50 000 habitants avec un supermarché immense. C’est la plus grande ville depuis Bahia Blanca, un mois plus tôt. On discute bien avec Oscar qui vient d’Argentine et nouqs fait la cuisine. Les autres sortent dans les bars mais reviennent une demi-heure plus tard, dépités : tout est fermé à cause des manifestations nocturnes du mouvement « Aysen» qui ont mal tournées ! Nous on dort comme des bébés.

L’ambiance est assez tendue en ville. Il y a énormément de vitrines brisées et une autre manif est en préparation pour le soir. Une banque s’est fait dévaliser pendant la nuit ! On se promène pour voir les habitants mettre des écriteaux affirmant qu’ils se sentent impliqués dans les protestations mais regrettent les violences… On s’installe au camping Natty puis on va boire notre premier Pisco Sour : on adore, c’est délicieux ! Dans la soirée Bertrand part se balader pour voir s’il se passe quelque chose au centre ville. Il rentre finalement à 6h00 du matin après avoir passé une soirée au bar West avec les forces spéciales chiliennes et le chef de la police locale ! Il a pris deux numéros de policiers de Santiago pour la suite du voyage. Pendant la nuit, les vitrines du supermarché ont été cassées.

On se fait prendre en stop jusqu’au village de Manihuales ou un barrage barre la route. On s’approche à pied et on attend 20h00 car ils vont ouvrir la route pendant cinq minutes. Parmi la dizaine de voitures qui passent, aucune ne s’arrête pour nous. Les gens nous laissent planter notre tente dans le champ qui longe la route. Le soir, on rejoint les habitants qui tiennent le piquet et on assiste à notre première partie de truco, un jeu de carte proche de la belotte, tout en buvant évidemment du maté.

 Ouf, le lendemain à l’ouverture du barrage une camionnette s’arrête. On doit monter sur la plateforme arrière pour une heure de route. Un pêcheur nous emmène jusqu’aux termes de Putuhuapi dans le Parc Naturel Qeutat. On y passe une après-midi géniale dans des piscines extérieures hyper chaudes avec vue sur le fjord. On en ressort vraiment délassés. On passe par Putuhuapi, mignon petit port, puis direction La Junta.

Bertrand Sinssaine, Mars 2012.

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